Traumatologie, médecine générale, urgences, travail en équipe, cadre de vie exceptionnel… L’exercice en station de montagne, souvent méconnu, offre une pratique riche et polyvalente, tout en répondant à un véritable enjeu de santé publique dans notre région.
Le Dr Jean-Marc Bertrand exerce depuis près de 30 ans au centre médical d’Avoriaz. Président de l’Association des Médecins de Montagne, il revient sur les spécificités de cette activité, ses atouts et les défis auxquels elle est confrontée.
Comment êtes-vous devenu médecin de montagne ?
À l’origine, je souhaitais exercer en médecine du sport et traumatologie. Il y a une trentaine d’années, j’ai eu l’opportunité de venir effectuer une saison d’hiver comme médecin assistant au centre médical d’Avoriaz. J’y suis revenu une deuxième saison, puis je me suis finalement associé de façon définitive.
Ce qui m’a convaincu de rester, c’est la richesse de l’exercice. On pratique une médecine générale extrêmement variée : traumatologie et urgences bien sûr, mais aussi pédiatrie, gynécologie, dermatologie, ophtalmologie, petite chirurgie… C’est une activité très complète et particulièrement stimulante.
Comment décririez-vous le quotidien d’un médecin de montagne ?
Contrairement aux idées reçues, la traumatologie ne représente pas toute notre activité. Selon les stations et les périodes, elle représente entre 20 et 50 % des consultations. Le reste, c’est de la médecine générale au sens large, et beaucoup de soins non-programmés, jusqu’à 70% de notre activité. La plupart des médecins de montagne sont également médecins correspondants du SAMU, équipés et formés aux gestes de premier secours, car nos stations sont éloignées des SMUR.
Nous suivons les habitants permanents de la station, les travailleurs saisonniers et les nombreux touristes. Depuis quelques années, nous voyons aussi arriver une nouvelle patientèle : des habitants des villes voisines qui peinent à trouver un médecin traitant. Grâce à notre organisation, nous sommes capables d’absorber ces demandes supplémentaires.
Quelle est justement l’organisation de votre cabinet de montagne ?
Nous fonctionnons en équipe pluridisciplinaire, comme de plus en plus de cabinets de montagne. Au centre médical d’Avoriaz, nous sommes deux médecins associés épaulés de médecins adjoints en hiver ; et nous collaborons avec des infirmiers, manipulateurs radio, kinésithérapeutes, secrétaires médicales etc. Nous sommes dons une dizaine l’été, et une vingtaine l’hiver. Ce travail collectif nous permet d’assurer une prise en charge rapide des urgences tout en maintenant l’activité du cabinet. En saison, nous sommes ouvertes 7 jours / 7, et mobilisables 24h/24h pour les urgences.
Nous disposons d’un plateau technique conséquent : radiologie, échographie, matériel de petite chirurgie, immobilisation, biologie délocalisée… Tout est organisé pour traiter sur place la majorité des patients et éviter des hospitalisations inutiles : grâce à cela, seuls 4% des blessés pris en charge en station sont finalement hospitalisés. La grande majorité peut être soignée localement. C’est un véritable travail de régulation qui est réalisé en première ligne par les médecins de montagne, permettant d’éviter des transferts superflus et de préserver les capacités des hôpitaux de vallée, déjà soumis à une forte pression, particulièrement pendant la saison hivernale.
Vous présidez désormais l’Association des Médecins de Montagne. Quel est son rôle ?
L’association existe depuis plus de 70 ans. Elle est née pour rompre l’isolement des médecins exerçant en station et favoriser le partage d’expérience. Aujourd’hui, elle rassemble environ 530 membres répartis dans près de 200 cabinets.
Ses missions sont plurielles : accompagner les médecins qui souhaitent s’installer, proposer des formations adaptées à notre exercice, développer la recherche, produire des données épidémiologiques et représenter la profession auprès des institutions. Nous travaillons notamment avec les ARS, les facultés, les SAMU, les élus locaux et l’Assurance maladie pour défendre les enjeux de notre exercice.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis de la médecine de montagne ?
Le premier enjeu est de pérenniser les structures. Nos cabinets nécessitent des investissements importants : locaux adaptés, radiologie, matériel d’urgence, personnel paramédical… Dans certaines stations, les collectivités accompagnent efficacement ces projets. Dans d’autres, les difficultés restent importantes.
L’autre priorité concerne l’attractivité. Beaucoup de médecins partiront à la retraite dans les prochaines années. Nous accueillons donc régulièrement des internes en stage afin de leur faire découvrir cette pratique. C’est souvent comme cela que naissent les futures installations. Nous organisons également des événements dédiés, comme la Journée des Internes, pour leur permettre de rencontrer les praticiens du réseau, de découvrir la diversité de l’exercice en station et d’échanger sur les opportunités d’installation dans un cadre convivial.
Que propose l’association pour répondre à ces enjeux ?
Nous travaillons actuellement autour de trois priorités avec les ARS, l’Assurance maladie et les élus locaux.
La première consiste à renforcer la labellisation des cabinets de montagne, afin de mieux reconnaître leurs spécificités – isolement, activité d’urgence, plateau technique – et de permettre l’attribution d’aides pérennes pour financer les équipements et les structures.
La deuxième porte sur l’évolution de la nomenclature. Certains actes réalisés quotidiennement en station n’ont pas été revalorisés depuis plus de 20 ans, et une actualisation est indispensable pour tenir compte de nos missions. Nous demandons également la création de 2e et 3e lignes de PDSA et notre reconnaissance en structure de PDSA en autorégulation.
Enfin, nous souhaitons sensibiliser les collectivités locales au rôle majeur qu’elles ont à jouer pour maintenir l’offre de soins en station. Il y a un véritable enjeu d’accès au foncier, tant pour le logement des professionnels de santé et leurs collaborateurs en saison, que pour l’accès à des locaux médicaux adaptés et équipés. Les collectivités peuvent accompagner et aider les médecins sur ces points.
En conclusion, un mot pour convaincre des confrères de tenter l’expérience de la médecine de montagne ?
Ils y découvriront une médecine passionnante, complète, avec une activité technique importante, mais aussi le suivi des patients chroniques. Peu d’exercices offrent une telle diversité. Chaque journée est différente selon la météo, la fréquentation touristique, la saison, les événements sportifs.
Le cadre de vie est un atout indéniable, notre région est belle entre lacs et montagnes ! Mais ce qui nous motive, c’est avant tout l’intérêt médical de notre activité, le travail en équipe et le sentiment d’exercer une médecine utile, variée et particulièrement enrichissante.
Pour plus d’informations : Association Médecins de Montagne – info@mdem.org – 04 79 96 43 65 – https://www.mdem.org/



