Moustique tigre et arboviroses : les réflexes en médecine de ville

Dengue, chikungunya, Zika : longtemps considérées comme des infections principalement tropicales, les arboviroses constituent désormais un enjeu de santé publique en France hexagonale. La présence grandissante du moustique tigre (Aedes albopictus) sur le territoire augmente en effet le risque d’apparition de transmissions locales, à partir de cas importés.

Face à cette évolution, le médecin libéral joue un rôle central : repérer les situations évocatrices, prescrire les examens adaptés, signaler rapidement les cas confirmés et informer les patients sur les mesures de prévention.

L’URPS Médecins Libéraux AuRA a organisé un webinaire consacré aux « moustiques et arboviroses » au mois de juin. Visionnez-le en replay ci-contre ou sur notre page Santé-Environnement, et retrouvez les principaux messages ci-dessous.

 

Les arboviroses transmises par Aedes albopictus

Les principales arboviroses surveillées en France sont la dengue, le chikungunya et le Zika. Ces infections sont transmises par la piqûre d’un moustique infecté, principalement Aedes albopictus, le moustique tigre.

Leur présentation clinique initiale est souvent peu spécifique et peut évoquer de nombreuses infections virales aiguës : apparition brutale d’une fièvre, fatigue, douleurs musculaires, céphalées et parfois éruption cutanée.

Certains éléments peuvent toutefois orienter le diagnostic :

  • Le chikungunya se caractérise notamment par des atteintes articulaires importantes, parfois persistantes plusieurs mois après l’infection.
  • La dengue peut associer une fièvre élevée, des céphalées intenses, des douleurs rétro-orbitaires et des manifestations hémorragiques liées notamment à une thrombopénie. Certaines formes peuvent évoluer vers des tableaux graves.
  • Le Zika est souvent peu fébrile et se manifeste fréquemment par des signes cutanés et muqueux. L’enjeu principal concerne les infections survenant pendant la grossesse, en raison du risque de complications fœtales.

Une proportion importante des infections peut rester asymptomatique, ce qui contribue à la circulation silencieuse de ces virus.


Penser au diagnostic devant une fièvre au retour d’un voyage

Devant un patient présentant une fièvre , le réflexe essentiel en consultation est de rechercher une notion de séjour récent dans une zone où circulent les arboviroses.

Le diagnostic biologique repose sur des examens adaptés au délai depuis le début des symptômes:

  • la PCR est privilégiée dans les premiers jours de la maladie ;
  • la sérologie intervient secondairement.

La date de début des symptômes doit impérativement être précisée sur la prescription afin de permettre au laboratoire de choisir l’examen le plus pertinent.

Un message important : en cas de suspicion, le patient doit réaliser rapidement le prélèvement. Il n’est pas nécessaire d’attendre une aggravation clinique.

 

 

Surveillance épidémiologique et conduite à tenir

Pourquoi surveiller les arboviroses ?

La surveillance vise à limiter le risque d’installation d’une transmission locale en France hexagonale. Deux conditions sont nécessaires pour qu’une transmission autochtone survienne :

  • l’arrivée d’une personne infectée et virémique sur le territoire ;
  • la présence d’un moustique capable de transmettre le virus.

Or, Aedes albopictus poursuit son implantation en France et particulièrement en Auvergne-Rhône-Alpes où sa présence concerne désormais une grande partie de la population.


Un signalement rapide pour permettre une intervention efficace

La dengue, le chikungunya et le Zika font partie des maladies à déclaration obligatoire. Les médecins disposent de deux modalités de signalement :

Le signalement permet aux autorités sanitaires :

  • de contacter le patient ;
  • d’identifier ses lieux de déplacement pendant sa période de virémie ;
  • d’organiser des investigations entomologiques ;
  • de mettre en œuvre, si nécessaire, des actions de lutte antivectorielle.

La rapidité du signalement est déterminante : elle permet d’intervenir avant qu’une chaîne de transmission locale ne s’installe.

 

Les actions de lutte antivectorielle (LAV)

Lorsqu’un cas d’arbovirose est identifié, des actions spécifiques peuvent être mises en œuvre autour des lieux fréquentés par le patient pendant sa période de virémie.

L’objectif n’est pas d’éradiquer le moustique tigre, ce qui n’est pas réalisable, mais de réduire le risque de transmission en limitant la présence de moustiques infectés.

Deux grands types d’actions sont possibles :

La surveillance entomologique et la pose de pièges adultes

Des enquêtes sont réalisées afin de rechercher la présence du moustique tigre dans les secteurs concernés. Lorsque les traitements insecticides ne peuvent pas être réalisés, notamment en raison de contraintes environnementales, des pièges adultes peuvent être installés pour surveiller la présence de moustiques.

Les traitements adulticides

Les traitements adulticides permettent de réduire rapidement la densité de moustiques susceptibles d’avoir acquis le virus. Ils sont réalisés dans un périmètre défini autour des lieux fréquentés par le patient pendant sa période de virémie. Ces interventions sont ciblées, réalisées par des professionnels habilités et conduites dans des conditions précises afin de limiter leur impact environnemental.

 

 

Mieux connaître le moustique tigre pour mieux prévenir

Reconnaissable à sa petite taille et à ses rayures noires et blanches, Aedes albopictus est particulièrement adapté aux environnements urbains et périurbains.

Il se développe dans de petites quantités d’eau stagnante : coupelles de pots de fleurs, récupérateurs d’eau, objets abandonnés pouvant retenir l’eau, gouttières ou équipements extérieurs.

La prévention repose donc largement sur la suppression des gîtes larvaires :

  • vider régulièrement les contenants pouvant accumuler de l’eau ;
  • entretenir les espaces extérieurs ;
  • protéger les patients symptomatiques contre les piqûres.